
Prospective
Projet NOTION : les petites créatures qui pourraient sauver nos océans
Publié le 22 avril 2021
Je ne vais pas vous mentir : avant de dessiner cette conférence, je n'avais jamais entendu le mot « diazotrophe ». À la fin, j'avais envie de m'acheter un microscope.
C'est tout le talent de Mar Benavides, chercheuse à l'Institut méditerranéen d'océanologie (MIO) à Marseille, rattachée à l'IRD. Elle porte le projet NOTION, soutenu par la Fondation BNP Paribas dans le cadre de son programme Climate & Biodiversity Initiative. Et elle commence par une phrase qui pose le personnage : « J'ai toujours été attirée par la mer. Étudier les océans était mon destin ! »

L'océan, notre meilleur allié contre le CO₂
Les océans couvrent 71 % de la surface de la Terre. Ils absorbent environ un quart du CO₂ que nous rejetons, notamment par nos activités industrielles. Sans eux, le réchauffement serait bien plus rapide.
Deux questions guident les chercheurs : comment captent-ils ce CO₂ ? Et comment mesurer l'impact du dérèglement climatique sur cette capacité ?
Une goutte, et des milliards de vies
Dans un litre d'eau, il y a environ 20 000 gouttes. Dans l'océan, des milliards de milliards. Et dans chaque goutte, il y a de la vie : zooplancton, phytoplancton, virus, bactéries… et les fameux diazotrophes.
Le phytoplancton, ce sont des micro-algues qui captent une partie du CO₂ par photosynthèse pour produire de nouvelles cellules et se reproduire. C'est la base de toute la chaîne alimentaire marine. Mais pour grandir, il a besoin d'un autre ingrédient : l'azote.
Le problème de l'azote
Près des côtes, pas de souci : les rivières apportent de l'azote en quantité. Au large, c'est une autre histoire. Environ 60 % de l'océan est pauvre en azote, parce que l'eau forme des strates qui empêchent l'azote des profondeurs de remonter vers la surface, là où vit le phytoplancton.
C'est là qu'interviennent les diazotrophes. Ces micro-organismes ont un super-pouvoir : ils transforment l'azote de l'air, dissous dans l'eau, en une forme que le phytoplancton peut utiliser. Selon le MIO, ils soutiendraient environ la moitié de la production primaire de l'océan. Une mission cruciale, et pourtant largement méconnue.
Ce que cherche NOTION
L'objectif du projet est de comprendre le rôle et les comportements à venir des diazotrophes face au changement climatique. En labo, l'équipe simule les cycles du soleil sur des tubes contenant des diazotrophes, et observe leurs réactions. Deux scénarios l'intéressent :
- si les courants changent avec le dérèglement climatique, les échanges entre les strates d'eau vont diminuer. Les diazotrophes deviendront alors indispensables à la survie du phytoplancton, et donc de toute la chaîne alimentaire ;
- si les diazotrophes prolifèrent, quels impacts sur les écosystèmes ?
Ces recherches sont complexes et pluridisciplinaires, avec des expériences en laboratoire, des campagnes en mer et de la modélisation, et des partenaires à Copenhague, en Allemagne et à Zurich.
Pourquoi ça me parle
On associe souvent la prospective aux startups, aux gadgets et à l'IA. Mais la prospective la plus importante se fait parfois au microscope. Personne ne peut prédire l'avenir du climat sans comprendre ce qui se passe dans une goutte d'eau. La recherche fondamentale prend du temps et fait rarement la une des journaux. C'est pourtant elle qui nous dira si notre plus grand puits de carbone tiendra le choc.
Et puis, avouez qu'il y a quelque chose de vertigineux à se dire que l'avenir de l'océan dépend peut-être de bestioles invisibles à l'œil nu.
Sketchnote réalisé pour la Fondation BNP Paribas et Bivwak! (#ClimateBiodiversity).
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