
Prospective
HUM/ANI : quand le climat et la biodiversité jouent avec nos maladies
Publié le 5 juin 2021
Il y a deux ans, le mot « zoonose » n'intéressait que les épidémiologistes. Depuis la Covid-19, tout le monde sait (plus ou moins) ce que c'est : une maladie qui passe de l'animal à l'humain. Et une question n'a plus quitté l'actualité : est-ce que la crise de la biodiversité nous expose davantage à ces maladies ?
C'est précisément le sujet du projet HUM/ANI, porté par Eve Miguel, chercheuse en écologie et épidémiologie à l'IRD, et soutenu par la Fondation BNP Paribas.

Le climat change, la biodiversité trinque
Le point de départ est connu. Avec le changement climatique, les périodes de sécheresse et d'inondation se multiplient. Résultat : une crise de la biodiversité. En Afrique, les populations de grands mammifères des aires protégées ont chuté de 59 % entre 1970 et 2005, selon une étude de référence.
Quand la faune perd son habitat, que les points d'eau se raréfient et que le bétail partage les mêmes pâturages que les buffles, les contacts entre espèces se multiplient. Et avec eux, les occasions pour un pathogène de changer d'hôte.
Les zoonoses, ce n'est pas l'exception
Selon l'Organisation mondiale de la santé animale, environ 60 % des maladies infectieuses humaines connues sont d'origine animale, et plus de 75 % des maladies émergentes. L'éléphant, le cochon, l'humain : sur ma planche, le virus fait le trajet en trois cases, et ça se termine par un « Atchoum ! ». Dans la vraie vie, c'est moins drôle.
Trois disciplines pour un même terrain
Au Zimbabwe, HUM/ANI étudie les interactions entre faune sauvage, bétail et populations humaines, autour des aires protégées. L'objectif à long terme : développer des socio-écosystèmes où humains et nature cohabitent, avec des interactions durables et résilientes. Pour y arriver, le projet s'appuie sur trois piliers :
L'écologie. Comprendre les déplacements des animaux sauvages et domestiques, grâce à des pièges photographiques et des colliers GPS. Qui croise qui, où et quand.
L'épidémiologie. Détecter quand un pathogène est présent dans une population, par des prélèvements non invasifs : des crottes pour la faune et le bétail, et des échantillons chez les humains.
Les sciences sociales. Comprendre comment les humains utilisent les ressources naturelles, et favoriser le dialogue entre les scientifiques et les acteurs locaux, notamment avec un laboratoire mobile qui va directement sur le terrain.
Pourquoi c'est de la prospective
Ce qui me frappe dans ce projet, c'est qu'il refuse de séparer les problèmes. La santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes y sont traitées comme un seul sujet. C'est l'approche qu'on appelle One Health, « une seule santé ». Elle paraît évidente une fois qu'on l'a entendue, et pourtant nos institutions sont toujours organisées en silos : un ministère pour la santé, un autre pour l'agriculture, un troisième pour l'environnement.
La prochaine pandémie ne prendra pas rendez-vous. Les projets comme HUM/ANI, qui tentent de comprendre les mécanismes en amont, au lieu de courir après le virus une fois qu'il est là, sont exactement le type de recherche qui devrait nous éviter de revivre 2020. Et franchement, je n'ai aucune envie de redessiner des masques pendant deux ans.
Sketchnote réalisé pour la Fondation BNP Paribas et Bivwak! (#ClimateBiodiversity).
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