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Prospective

Finance durable : la biodiversité entre dans les portefeuilles (VivaTech 2021)

Publié le 18 juin 2021

VivaTech 2021, version hybride : à peine 5 000 personnes autorisées sur place, Covid oblige, et tout le reste en ligne. J'étais là pour croquer en direct une conférence BNP Paribas sur un sujet qui monte : comment l'investissement durable peut-il limiter les pires effets d'un effondrement de la biodiversité ?

Au micro, deux spécialistes de BNP Paribas Asset Management : Sheila ter Laag, responsable mondiale des spécialistes ESG, et Robert-Alexandre Poujade, en charge de la biodiversité.

BNP Paribas Sustainable Investment, VivaTech 2021

Le constat

La biodiversité est en déclin rapide. Selon l'IPBES, l'équivalent du GIEC pour la biodiversité, environ 25 % des espèces animales et végétales des groupes étudiés sont menacées d'extinction, soit près d'un million d'espèces. Le chiffre fait froid dans le dos, et il a un point commun avec le climat : il est devenu un risque économique. Une économie qui détruit les pollinisateurs, les sols et l'eau douce scie la branche sur laquelle elle est assise.

La vision de Sheila ter Laag

Pour elle, le Green New Deal se résume simplement : investir l'argent dans tout ce qui est durable, et donner aux gens la possibilité d'investir dans les bonnes choses.

La stratégie s'articule autour des « 3 E » : Energy transition (transition énergétique), Environmental sustainability (préservation de l'environnement) et Equality & inclusive growth (égalité et croissance inclusive).

Le groupe dit pratiquer l'investissement durable depuis 2002. En 2012, il introduit une politique de conduite responsable dans ses fonds, avec l'exclusion des entreprises et des secteurs non engagés (le tabac, par exemple). En 2019 arrive une stratégie globale où tous les actifs sont concernés, autour de plusieurs piliers : intégration ESG dans les produits, stewardship (voter et dialoguer avec les entreprises), conduite responsable, les 3 E, des offres « sustainable plus »… et « walk the talk », appliquer à soi-même ce qu'on demande aux autres.

Son pronostic : l'investissement durable deviendra l'investissement tout court. Ce sera la norme. Et c'est nécessaire si on veut un monde durable.

La feuille de route de Robert-Alexandre Poujade

« Nous avons besoin de vivre sur une planète en bonne santé, alors nous devons agir vite. » La feuille de route biodiversité présentée repose sur six piliers : la recherche, le stewardship, la conduite responsable, une vision prospective, des solutions d'investissement, et toujours « walk the talk ».

Le calendrier international pousse dans le même sens. La COP15 sur la biodiversité, prévue en Chine en 2021, doit fixer de nouveaux objectifs, et les entreprises commencent à s'aligner. Le chantier le plus difficile : trouver des indicateurs communs. Mesurer une tonne de CO₂, on sait faire. Mesurer la santé d'une forêt ou d'une rivière, c'est une autre paire de manches. Beaucoup d'investisseurs veulent agir, mais ont besoin de définir ensemble ce que veut dire « restaurer la nature ».

Côté régulation, les investisseurs vont être obligés de s'en occuper. Et la conclusion de Robert-Alexandre Poujade est restée sur ma planche en grosses lettres : « We are future makers, not future takers. »

Mon regard

Je suis toujours un peu prudent face aux grandes déclarations de la finance sur l'environnement. Le risque de greenwashing existe, et il est réel. Mais il faut reconnaître un mouvement de fond : après le carbone, la biodiversité devient un critère financier. Le jour où la destruction d'un écosystème coûtera plus cher à un investisseur que sa préservation, les choses bougeront vite. Tout le défi est de construire les outils de mesure qui rendront ce calcul possible.

Et aujourd'hui ? (2026)

La COP15 s'est finalement tenue à Montréal fin 2022 et a adopté un accord historique : protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030 et réduire les subventions néfastes à la nature. Le cadre de reporting TNFD, l'équivalent pour la nature de ce qui existe pour le climat, a été publié en 2023 et adopté par plus de 700 organisations fin 2025. Il sert désormais de base à une future norme internationale. Les indicateurs communs réclamés en 2021 sont en train d'arriver. La COP17, qui se tient en ce moment même en Arménie, fera le premier bilan mondial de l'accord.

Sketchnote réalisé pour #EnjoyDigitAll by BNP Paribas.

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