
CES
CES 2025 · Et de l'IA partout
Publié le 10 janvier 2025
Le CES 2025 s'est tenu du 7 au 10 janvier, précédé la veille de la keynote très attendue de Nvidia. Selon l'audit, il a réuni 142 465 participants et plus de 4 500 exposants, dont environ 1 400 startups à l'Eureka Park. La France y comptait une délégation d'une centaine de startups, la 2e délégation étrangère, mais en net recul par rapport aux grandes années (plus de 300 en 2019).
Cette année, deux planches très denses plutôt qu'une par jour. Allons-y.
Planche 1 · Les grandes tendances

Mobilité. Tous les véhicules deviennent électriques, autonomes et « divertissants » : batteries améliorées, capteurs LiDAR plus performants, tableaux de bord multimédias, voire hologrammes chez Hyundai (avec un pare-brise holographique conçu avec ZEISS). Mon coup de cœur : Elhyte, qui décarbone les engins de chantier en remplaçant le moteur thermique des mini-pelles par une batterie électrique interchangeable.
Smart home. C'est une tendance depuis plusieurs années, et tous les acteurs ont maintenant leur propre solution : tous les appareils sont connectés, avec un robot assistant boosté à l'IA générative. Chez Samsung, on peut même répondre au téléphone depuis sa machine à laver !
Santé. Il y a de plus en plus d'objets d'autodiagnostic connectés : miroirs, balances, bagues (une bague pour les gouverner tous…). Le Hormometer d'Eli Health mesure les hormones à partir de la salive. On voit aussi beaucoup de solutions pour les personnes malvoyantes, comme Artha, qui modélise l'environnement en 3D et le retranscrit par une ceinture haptique. Et l'Air Ray mini propose une imagerie à rayons X portable : la radio part sur le smartphone avec un pré-diagnostic généré par IA.
Anti-fraude. C'est la grande nouveauté de l'année, conséquence directe de l'IA générative :
- Swear crée une empreinte cryptographique de chaque contenu sur une blockchain, pour le rendre infalsifiable et authentifiable ;
- Cyberette détecte les deepfakes en temps réel (avec une précision revendiquée de 99,7 %) ;
- Inkan Link et son application Sealfie luttent contre la fraude à l'identité grâce à une empreinte numérique sécurisée.
Lunettes. Beaucoup de lunettes connectées : caméra, traduction, GPS, assistant IA. Un retour en force, dix ans après les Google Glass.
Pépites. Flint fabrique des batteries en papier compostables, sans matériaux toxiques. MouthPad est un pavé tactile intra-oral piloté avec la langue, qui permet aux personnes à mobilité réduite de contrôler leurs appareils électroniques.
Et toujours… des robots (la palme du creepy revient aux robots compagnons humanoïdes de Realbotix : « Tu veux être mon ami ? »), de la pet tech (litière connectée, tracker d'activité)… et de l'IA partout.
Planche 2 · Nvidia et la France

La conférence Nvidia, c'était la keynote qu'il fallait voir. Jensen Huang, en blouson de cuir, y annonçait trois choses :
- les GeForce RTX 50, une nouvelle génération de cartes graphiques (architecture Blackwell) aux performances annoncées comme doublées ;
- Cosmos, une plateforme dédiée à l'IA physique. Elle utilise des données synthétiques pour développer des modèles et générer des mondes virtuels, afin d'entraîner des robots et des véhicules autonomes sans attendre des millions de kilomètres réels ;
- Project DIGITS, un superordinateur compact destiné aux chercheurs en IA, capable de faire tourner sur un bureau des modèles de 200 milliards de paramètres.
Et du côté de la France !
- Dotdot : un boîtier qui permet de partager (et revendre) les gigas inutilisés de son forfait mobile, primé aux Innovation Awards ;
- Beink Dream : une IA générative qui transforme des croquis en dessins de qualité (je me sens un peu visé…) ;
- Quandela : spécialiste des ordinateurs quantiques photoniques, avec des machines de 12 qubits attendues en 2025 ;
- molluSCAN eye : des mollusques bivalves (moules, huîtres) connectés pour surveiller la qualité de l'eau. La nature comme capteur ;
- Netri : des organes sur puce (des neurones) pour tester la toxicité et les mécanismes d'action des médicaments, primé lui aussi ;
- Linxens : un Satellite Sticker, un tracker autonome et réutilisable qui communique par satellite et se recharge à l'énergie solaire.
Ce que j'en retiens
- L'IA quitte l'écran pour le monde physique. Avec Cosmos, Nvidia trace la prochaine étape : des IA qui comprennent la physique pour piloter robots et véhicules. C'est le grand récit des années à venir.
- La confiance devient un marché. Plus l'IA génère de faux, plus il faut prouver le vrai. Authentification des contenus, détection de deepfakes, identité numérique : un secteur entier naît en réaction.
- La puissance de calcul se démocratise. Un « supercalculateur » qui tient sur un bureau, c'est l'IA qui sort des datacenters pour revenir chez les chercheurs, les PME et les créateurs.
- Le deep tech français s'affirme. Quantique, organes sur puce, capteurs vivants : moins de startups qu'avant, mais des sujets plus profonds.
Avec le recul (2026)
Project DIGITS est devenu le DGX Spark, mis en vente en octobre 2025 à 3 999 $ (au lieu des 3 000 $ annoncés). Cosmos a connu plusieurs versions et l'« IA physique » est devenue le thème central du CES 2026. Quandela a livré sa machine Belenos de 12 qubits en mai 2025, puis inauguré Lucy au CEA en avril 2026. Et la ceinture haptique d'Artha est revenue en 2026 sous le nom SeeHaptic.
Sketchnotes réalisées pour Doxallia.