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Prospective

Web Summit 2024 · Lisbonne, l'IA au centre de tout

Publié le 12 novembre 2024

Après le CES en janvier, direction Lisbonne en novembre pour le Web Summit, l'autre grand-messe de la tech. Ambiance différente : moins de gadgets, plus de startups, plus d'investisseurs, et des pastéis de nata à la place des burgers (mon cardiologue me remercie).

Web Summit 2024 à Lisbonne

Lisbonne, la ville qui monte

Les chiffres donnent le ton : 71 528 participants venus de 153 pays, un record, et près de 3 000 exposants, dont environ 2 750 startups. Détail qui compte : plus de 44 % de ces startups ont été fondées par des femmes, la plus forte proportion de l'histoire de l'événement. On en est loin dans beaucoup de salons.

Lisbonne s'est fait une place sur la carte. Elle a été désignée Capitale européenne de l'innovation fin 2023 par la Commission européenne. Le Portugal revendique 14 licornes, soutient les étudiants et les entrepreneurs, et le Premier ministre a profité de l'ouverture pour annoncer un LLM portugais, un modèle de langage pensé pour la langue et la culture du pays (il s'appellera Amália, comme la reine du fado).

L'IA est centrale (et ça se voit)

Toutes les conversations finissaient par y revenir. Avec deux lignes de fond.

La course à l'IA générale. Les grands acteurs ne cachent plus leur objectif : une IA capable de tout faire. Le panneau « attention » sur ma planche n'est pas là par hasard. Une course entre quelques géants, avec des enjeux de puissance, d'énergie et de contrôle, ça mérite qu'on s'y arrête deux minutes.

Les petits modèles open source. En face, une autre approche monte : les small language models, plus légers, ouverts. L'idée est de démocratiser l'accès, de garder le contrôle sur ses données et ses outils, et de pouvoir faire tourner l'IA sur des appareils sans connexion internet. Pour une entreprise qui ne veut pas envoyer ses données chez un tiers, c'est un argument de poids.

Autre idée entendue partout : l'IA générative est la prochaine interface. Fini les applis où l'on clique de menu en menu : tout passera par le dialogue, et tous les appareils (téléphone, ordinateur, voiture…) parleront entre eux. Je suis partagé. Pour beaucoup d'usages, parler à sa machine est plus naturel. Pour d'autres, un bon vieux bouton reste plus rapide qu'une phrase.

Tim Berners-Lee : reprendre la main sur ses données

Le moment fort pour moi, c'est l'intervention de Sir Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web (de l'internet, comme je l'ai écrit sur ma planche, un raccourci qu'il me pardonnera).

Son message : l'IA est la prochaine technologie à usage général, une General Purpose Technology, au même titre que l'électricité ou internet. Elle peut devenir la quatrième révolution industrielle. Mais à une condition : que l'utilisateur récupère le contrôle de ses données. Il défend des « portefeuilles de données » personnels, construits avec le protocole Solid, et une IA qui travaille pour vous plutôt que pour la plateforme qui l'héberge.

Venant de celui qui a offert le Web au monde sans le breveter, la critique a du poids. C'est aussi un rappel utile : la valeur de l'IA dépend de qui possède les données qui la nourrissent.

Zoom sur 4 startups

  • Accio (Alibaba) : un moteur de recherche B2B dopé à l'IA, lancé sur scène pendant le salon. Il identifie et recommande des fournisseurs, fluidifie les transactions et simplifie l'approvisionnement des petites entreprises. Le sourcing, c'est le nerf de la guerre du commerce, et Alibaba le sait.
  • Twelve : transforme le CO₂, l'eau et l'électricité renouvelable en carburant d'avion et en matériaux. Le genre de projet qui fait passer le CO₂ du statut de déchet à celui de matière première.
  • UMCA Technologies : analyse en temps réel les transactions bancaires pour détecter les anomalies (habitudes, montants, lieux…) et prévenir la fraude.
  • Vove ID : une solution complète de KYC (Know Your Customer) : vérification des titres d'identité, lutte contre l'usurpation et la fraude documentaire, parcours personnalisables. Une jeune pousse marocaine, preuve que le Web Summit attire bien au-delà de l'Europe.

Les deux dernières disent quelque chose de l'époque : plus l'IA permet de fabriquer de faux, plus il faut d'IA pour vérifier le vrai. C'est un marché qui ne va pas s'arrêter de grandir.

Et aujourd'hui ? (2026)

Le Portugal a présenté la version finale d'Amália en juillet 2026, un modèle open source d'abord réservé à l'administration. Twelve a ouvert en juin 2026 son usine AirPlant One aux États-Unis, la première à produire commercialement du kérosène à partir de CO₂. Et Accio a revendiqué plus de 10 millions d'utilisateurs mensuels en 2026, avec des agents qui gèrent désormais le sourcing de bout en bout.

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