Ma vie au boulot — Le blog 100% procrastination

Prospective

5G : ce qui change vraiment (et ce qui ne change pas tout de suite)

Publié le 12 novembre 2020

Ça y est, c'est officiel. Les fréquences 5G sont attribuées aux opérateurs, et le lancement commercial peut commencer à partir du 18 novembre. Autant dire que la 5G est partout : dans les pubs, dans les débats télé, dans les conversations de machine à café. Avec, au choix, l'enthousiasme du « 10 fois plus rapide » ou la méfiance du « ça va nous griller le cerveau ».

J'ai essayé de remettre un peu d'ordre dans tout ça, en quatre questions.

5G : c'est quoi, à quoi ça sert, c'est pour quand, quels impacts

1. C'est quoi ?

C'est la 5e génération de réseau mobile. Pour fonctionner, il lui faut deux choses : des fréquences et des antennes.

Les fréquences, ce sont des ondes qui transportent l'information. La 5G en utilise trois familles :

  • 700 MHz : débit moyen mais très bonne portée (fréquences basses), idéal pour couvrir large ;
  • 3,5 GHz : bon compromis débit/couverture, c'est le cœur de la 5G ;
  • 26 GHz : débit très élevé mais faible portée (fréquences hautes, les fameuses « ondes millimétriques »).

La bande des 3,5 GHz vient d'être mise aux enchères. Fin septembre, les quatre opérateurs ont déboursé au total près de 2,8 milliards d'euros : Orange repart avec 90 MHz, SFR 80, Bouygues Telecom et Free 70 chacun.

Les antennes : on installe des antennes 5G (technologie Massive MIMO) sur les pylônes 4G existants, et des antennes miniatures (small cells) pour relayer les hautes fréquences, qui portent moins loin.

2. À quoi ça sert ?

L'intérêt de la 5G tient en trois mots.

Débit. Jusqu'à 10 fois plus rapide que la 4G. On parle de 100 Mb/s minimum, et jusqu'à 1 Gb/s. De quoi regarder de la vidéo 4K ou jouer en réalité virtuelle en mobilité.

Latence. Le temps de réponse du réseau est divisé par 10. Les échanges deviennent quasi immédiats. C'est ce qui intéresse la voiture connectée, la robotique, la télémédecine.

Densité. On peut connecter jusqu'à un million d'appareils au kilomètre carré en simultané. Capteurs, compteurs, feux, caméras : c'est la condition pour que l'Internet des objets passe à l'échelle.

Et c'est là que je veux insister. Le débit, c'est ce qu'on vend au grand public, parce que c'est facile à comprendre. Mais pour regarder Netflix dans le métro, la 4G fait déjà très bien le travail. La vraie rupture, ce sont la latence et la densité. Elles concernent d'abord l'industrie (usines connectées, ports, logistique), la santé et les villes. Le smartphone n'est que la partie émergée de l'iceberg.

3. C'est pour quand ?

Pas pour demain matin partout, ne rêvons pas.

  • 2020 : attribution des fréquences, premiers déploiements, ouverture commerciale des premiers services et arrivée des premiers smartphones compatibles.
  • 2025 : généralisation de la commercialisation, couverture des deux tiers de la population, y compris les axes autoroutiers et les routes principales.
  • 2030 : 100 % du réseau déployé, utilisation des trois bandes de fréquences, et la révolution de l'IoT.

Pendant plusieurs années, une bonne partie de la « 5G » s'appuiera d'ailleurs sur le cœur de réseau 4G. La 5G complète, dite standalone, viendra plus tard.

4. Quels impacts ?

Énergétique. Le sujet est complexe. Une antenne 5G consomme moins qu'une antenne 4G pour transporter la même quantité de données. Mais la 5G va créer de nouveaux usages, donc plus de données, plus d'appareils, plus de consommation. Est-ce que l'effet rebond l'emportera ? Ou est-ce que la 5G permettra de réduire l'empreinte écologique ailleurs, par exemple en limitant certains déplacements ? Personne ne peut le dire avec certitude aujourd'hui. Et la Convention citoyenne pour le climat, qui demandait un moratoire, n'a pas été suivie.

Santé. À ce jour, pas plus de risques avérés qu'avec la 4G, et de nouvelles études sont en cours. Un point technique rassurant : les antennes 3,5 GHz sont directionnelles (beamforming). Les ondes sont dirigées vers les objets qui en ont besoin, au lieu d'arroser tout le monde en permanence.

Mon avis : la 5G est une infrastructure, au même titre qu'une autoroute. Ce qui compte, c'est ce qu'on fera rouler dessus. Si on s'en sert seulement pour charger TikTok un peu plus vite, on aura dépensé beaucoup d'argent et d'énergie pour pas grand-chose. Si elle permet une industrie plus efficace et une ville mieux gérée, le pari sera gagnant.

Et aujourd'hui ? (2026)

Le calendrier a été globalement tenu. Mi-2026, la France compte plus de 73 000 sites 5G et environ 44 % des cartes SIM actives sont en 5G. Les débats de l'époque ont trouvé des réponses partielles : l'ANSES a jugé en 2021 un risque sanitaire nouveau « peu probable » pour la bande 3,5 GHz, et le Haut Conseil pour le climat a confirmé que la 5G alourdirait l'empreinte carbone du numérique. Côté usages, ma prédiction tient : les utilisateurs 5G ne consomment pas plus de données qu'avant. La 5G standalone, celle qui apporte vraiment la faible latence, n'est arrivée qu'à partir de 2024, et la bande 26 GHz reste cantonnée aux expérimentations. La révolution industrielle promise prend son temps.

Sketchnote réalisé pour #EnjoyDigitAll by BNP Paribas.

Partager :FacebookX

Envie d'en discuter ? Retrouve-moi sur LinkedIn, Instagram ou X (Twitter).