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Prospective

La mésange bleue, baromètre du changement climatique

Publié le 16 février 2022

On a tous une mésange bleue dans son jardin, ou presque. Petite, jaune et bleue, pas farouche. Ce qu'on sait moins, c'est que cet oiseau est observé de près depuis plus de 40 ans par des chercheurs, et qu'il est devenu un véritable baromètre du changement climatique.

Céline Teplitsky, chercheuse au CNRS (CEFE, à Montpellier), porte le projet Mommy Knows Best, soutenu par la Fondation BNP Paribas. Un nom qui fait sourire, pour une question très sérieuse.

La mésange bleue, baromètre du changement climatique

La sixième extinction

Le contexte d'abord. Les changements environnementaux s'accumulent : urbanisation galopante, agriculture industrielle, changement climatique. Les scientifiques parlent d'une sixième extinction de masse. Pour survivre, les espèces sauvages doivent s'adapter. Elles ont deux façons de le faire.

L'évolution génétique et la sélection naturelle. Les individus les mieux adaptés survivent et transmettent leurs gènes. Ça marche, mais c'est lent : il faut des générations.

La plasticité phénotypique. C'est la capacité d'un organisme à adapter son comportement ou sa physiologie au cours de sa propre vie, sans changement génétique. Beaucoup plus rapide.

Le calendrier de la mésange

La mésange bleue est un cas d'école, étudié depuis plus de quarante ans en Corse et sur le continent. La survie de ses poussins dépend d'une chose : la quantité de chenilles disponible au moment où ils ont faim. Or, avec le réchauffement, les chenilles apparaissent plus tôt au printemps.

Grâce à la plasticité phénotypique, la mésange avance sa date de ponte pour que l'éclosion coïncide avec le pic de nourriture. Les données des chercheurs le montrent clairement : sur 40 ans, les mésanges suivies pondent nettement plus tôt, et c'est bien la plasticité qui explique ce décalage. Elle a donc trouvé la parade. Pour l'instant.

Les questions du projet

L'objectif de Mommy Knows Best est d'évaluer les limites de la plasticité phénotypique face au changement climatique. C'est une véritable enquête, qui cherche à répondre à trois questions :

  • jusqu'où vont les capacités d'adaptation ?
  • quel est le coût de ces adaptations pour la mésange ?
  • la plasticité peut-elle elle-même évoluer ?

Parce que s'adapter n'est jamais gratuit. Pondre plus tôt, c'est peut-être pondre moins, ou s'épuiser davantage. Et si le climat change plus vite que la capacité d'ajustement de l'oiseau, la parade ne suffira plus.

Pourquoi ce petit oiseau nous concerne

J'aime beaucoup ce projet parce qu'il pose une question qui nous dépasse largement. Nous aussi, on compte beaucoup sur notre capacité d'adaptation : on s'habituera aux canicules, on adaptera nos villes, nos cultures, nos modes de vie. Mais l'adaptation a des limites, et elle a un coût. La mésange nous le rappelle à sa façon.

La conclusion des chercheurs, en orange sur ma planche, est sans détour : comprendre les effets directs et indirects du changement climatique prendra du temps, mais il faut agir vite, en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre et en protégeant les habitats naturels. On ne pourra pas tout miser sur l'adaptation.

Sketchnote réalisé pour la Fondation BNP Paribas et Bivwak! (#ClimateBiodiversity).

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