
CES
My CES 2018 · Las Vegas, carnet de bord d'un premier CES
Publié le 12 janvier 2018
Le CES, tout le monde en parle chaque mois de janvier. Cette année, j'y étais. Carnet et feutres dans le sac à dos, j'ai tenté de croquer chaque jour ce que je voyais. Voici le résultat, planche par planche, avec un peu de recul pour dire ce que ça raconte de l'innovation.
Le décor d'abord. Du 9 au 12 janvier 2018, le salon a accueilli plus de 182 000 participants venus de 160 pays et 4 473 exposants, selon l'audit de la Consumer Technology Association. C'est un record de surface. Et la France y fait une entrée en force : 365 entreprises sous la bannière French Tech, ce qui en fait la 3e délégation du salon derrière les États-Unis et la Chine. Elle est même 2e à l'Eureka Park, l'espace des startups, juste derrière les Américains.
Jour 0 · L'arrivée

2 avions, 4 films, 5 snacks, 15 heures de trajet. Puis 20 minutes pour récupérer mon badge, et direction le Stratosphere, où ma chambre est au 4e étage (oui, de la plus haute tour de la ville).
Avant de dormir, petit tour au Roxy's Diner : double bacon cheeseburger, frites, limonade. On est en Amérique, on s'adapte. Le jet lag, lui, ne s'adapte pas.
Jour 0 bis · Touriste, puis Startup Night

Le CES ne commençant que le lendemain, j'ai fait mon gros touriste : passage à l'outlet (15 ans de jeans, comme dirait l'autre) et visite du Hoover Dam, ce barrage vertigineux qui fournit une partie de l'électricité de la région. Retenez ce détail, il aura son importance.
Le soir, direction la CES Startup Night, premier avant-goût de l'innovation qui nous attend :
- mes tops : LaVie, un purificateur d'eau sans filtre qui utilise les UVA (présenté par Solable, lancé sur Kickstarter au CES), et Stellina, le télescope transportable et connecté de Vaonis ;
- mon bof : Hopii, un brasseur de bière connecté et automatique. Pourquoi pas…
- mon flop : Pebby, une balle connectée pour chat et chien. L'objet connecté pour le plaisir d'être connecté.
Ces trois catégories (top, bof, flop) résument bien le CES : des innovations qui répondent à un vrai besoin, d'autres qui cherchent encore le leur.
Jour 1 · L'arbre La Poste

On n'attend pas forcément La Poste à Las Vegas, et pourtant le groupe y accompagnait 15 startups sur son stand. Le dessin s'est imposé de lui-même : un arbre jaune dont chaque branche porte une jeune pousse.
- Wavely : un capteur qui détecte les anomalies sonores (une fuite de gaz, par exemple) ;
- Kiplin : la gamification de l'activité physique ;
- A.I.Mergence : un robot de surveillance intelligent ;
- OroSound : un casque audio à réduction du bruit ambiant ;
- Q.Rad (Qarnot) : un radiateur qui est en fait un ordinateur, dont les processeurs servent de source de chaleur ;
- Velco : un guidon connecté avec GPS, géolocalisation et éclairage automatique ;
- AtmoTrack : la mesure de la qualité de l'air, mobile, simple et en temps réel ;
- MoniMalz : une tirelire connectée.
Ce que je retiens : une grande institution qui se pose en plateforme pour faire grandir un écosystème, plutôt que de tout inventer en interne. C'est de l'open innovation version française.
Jour 2 · Petit tour de la French Tech

Le pavillon French Tech de l'Eureka Park, c'est un festival. J'ai classé mes découvertes en trois familles :
Des robots. Heasy (Hease Robotics), une borne interactive mobile pour l'accueil ; Buddy (Blue Frog Robotics), l'assistant personnel multimédia de la maison ; Keecker, un robot multimédia qui projette sur les murs et le plafond.
Des objets connectés. Une sonnette intelligente (caméra, ouverture de porte, détection d'intrusion, clé virtuelle) ; Lovebox, une petite boîte qui reçoit des messages d'amour ; Aveine, un aérateur de vin connecté ; Anna, un miroir intelligent aux infos personnalisables ; M'bient, un tracker connecté multitâche.
D'autres trucs. R-Pur, un masque qui filtre les particules fines (deux ans avant que le masque ne devienne l'accessoire planétaire que l'on sait) ; TimeScope, une borne de réalité virtuelle qui reconstitue des lieux passés, présents ou futurs ; Spartan, le boxer anti-ondes.
Et au détour d'une allée, Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d'État au Numérique, venu soutenir la délégation tricolore.
Jour 3 · Et la lumière fut… éteinte

Alors que j'attaquais ma grosse journée au Las Vegas Convention Center, que je commençais à peine à en prendre plein les yeux (VR, 5G, Sony, Samsung, Intel, Kodak, Polaroid…), une coupure de courant générale est venue tout contrarier.
C'était le mercredi 10 janvier, vers 11 h 15, pendant environ deux heures. Le Central Hall, celui des géants de l'électronique, s'est retrouvé dans le noir. D'après la première évaluation des organisateurs et du fournisseur d'électricité, des pluies exceptionnelles pour le désert ont provoqué de la condensation et un arc électrique sur un transformateur.
Le symbole est savoureux : le plus grand salon de l'électronique au monde mis à genoux par… l'électricité. Toute cette technologie dépend d'une infrastructure qu'on oublie, jusqu'au jour où elle flanche. Une leçon de résilience à méditer.
Jour 4 · Le CES, cet endroit merveilleux

Le CES est un endroit merveilleux où, dans la même journée, tu peux :
- tester des lits chauffants, massants et connectés qui te bercent, puis des fauteuils massants (le sleep tech était partout) ;
- voir s'affronter Shaquille O'Neal et Natalie Eva Marie à Street Fighter ;
- découvrir sur son stand que La Poste prépare un vélo électrique avec écran intégré (un prototype à l'époque) et Jaab, un moyen de paiement NFC pour enfants géré par les parents sur smartphone ;
- flasher sur Ultrahaptics et son distributeur de billets holographique conçu avec Asukanet. Pas de clavier : des boutons qui flottent dans l'air et un retour haptique par ultrasons. On « sent » la touche sans rien toucher ;
- manger un burger chez Gordon Ramsay.
Mention spéciale à Ultrahaptics : c'est l'une des rares démos qui m'aient vraiment donné l'impression de toucher le futur… sans le toucher.
Le bilan

Debout tous les jours à 5 h du matin (foutu jet lag…). Une quinzaine de kilomètres à pied par jour (« 15 km à pied, ça use, ça use… »), ce qui m'a permis de bien manger (burger, ribs, steak) sans prendre un gramme.
Et côté tech :
- du rétro-gaming : flippers, Game Boy, table basse « Pong ». La nostalgie fait vendre ;
- des voitures, de plus en plus présentes, au point que le CES ressemble par moments à un salon automobile ;
- des TV 8K, des écrans magnifiques… pour lesquels il n'existe à peu près aucun contenu ;
- des objets connectés, utiles (IoT, santé) ou un peu moins (tire-lait, litière à chat, panier pour chien) ;
- des robots, partout ;
- et surtout de belles découvertes auprès des startups françaises, de la French Tech à La Poste… et chez les autres.
Ce que j'en retiens
- L'assistant vocal comme interface universelle. Google Assistant arrivait dans les TV, les voitures, les enceintes et même les écrans connectés. La bataille de la maison connectée se jouait sur la voix.
- La technologie avant l'usage. La 8K sans contenu, la balle connectée pour chien : le CES montre aussi des solutions qui cherchent leur problème. Savoir les repérer, c'est déjà faire de la prospective.
- La santé et l'environnement s'invitent. Qualité de l'air, masques anti-particules, eau purifiée par UV : des signaux faibles en 2018, qui deviendront des sujets majeurs.
- La French Tech a changé d'échelle. Avec environ 50 % de startups en plus par rapport à 2017, la France ne vient plus pour regarder mais pour exposer.
Avec le recul (2026)
Le tri s'est fait. Ultrahaptics a racheté Leap Motion en 2019 pour devenir Ultraleap, avant de se restructurer en 2024. Keecker (2019), Hease Robotics (2019) et Lovebox (2025) ont fermé. Blue Frog Robotics (Buddy) est passée par un redressement judiciaire en 2024. Qarnot, l'idée géniale du radiateur-ordinateur, a été rachetée par Scaleway en juillet 2026. Vaonis lance toujours des télescopes et TimeScope fait voyager les touristes dans le Paris d'antan. Quant à la 8K, elle attend toujours son contenu.