La gueule de bois

tewoz 2 septembre 2013 4

BIP! BIP! BIP!

Je suis encore loin, très loin, mais ce son strident, répétitif, presque douloureux m’extirpe de mon sommeil. Ce son qui est censé m’être familier, je l’avais pourtant déjà oublié.
Après 3 semaines de vacances, à me réveiller quand mon corps n’a plus besoin de dormir. On s’habitue vite aux bonnes choses.
Mais là le réveil sonne, et il ne s’arrêtera pas tant que je n’aurai pas bougé.
Il est 6h45. J’ai mal au crâne, dès le matin, c’est un signe qui ne trompe pas. C’est la rentrée.
Et ce BIP BIP incessant.
D’un simple mouvement de bras qui me demande pourtant une énergie folle, j’arrête cette machine du diable. Le BIP BIP cesse, enfin.
Mais je ne peux pas replonger dans mon sommeil, je dois me préparer.
Non sans mal, je glisse hors des couvertures. Il fait froid, il fait encore nuit dehors. J’avance à tâtons, tentant de m’habituer à l’obscurité. Mes yeux étant encore tout collés, ça ne sert à rien, je n’y vois rien.
Le choc violent de mon orteil sur le coin du lit me fait plus d’effet que le BIP BIP de mon réveil. J’ai mal, j’ai envie de hurler, mais je contiens ma douleur, il ne faudrait pas que je réveil le reste de la maisonnée dont la rentrée n’est que demain.
Je boite jusqu’à la salle de bain, j’allume la lumière. Cette clarté soudaine me brule les yeux. Il me faut bien 3 minutes pour m’y habituer, et là je m’aperçois dans le miroir. Quelle sale gueule. Les yeux collés, les cernes, pas rasé, les cheveux en vrac. C’est dur de croire que je viens de passer 3 semaines au soleil. A croire que le simple fait de retourner bosser aujourd’hui me donne la tête d’un travailleur lambda. Gris, terne, triste, laid.
Je me rase, non sans me couper au niveau du menton. Le tricostérile viendra parfaire mon déguisement du parfait petit cadre dynamique.
La douche enfin, salvatrice. On ne peut pas dire que je me sente bien, mais au moins je suis réveillé.
Bien entendu, je n’ai rien préparé hier, je n’ai pas une chemise de repassée.
La première chemise que je repasse s’avère avoir une magnifique tâche dans le dos. En étouffant un nouveau juron j’attrape une deuxième chemise que je repasse. Elle est moche et ne va pas avec mon pantalon, mais elle fera l’affaire. Je vais au boulot, pas à un défilé de mode.
Je contemple le café couler goutte à goutte dans la cafetière, drôle de spectacle, hypnotisant. L’espace d’un instant je suis de nouveau en vacances.
Déjà 7h30, je pense que je me suis endormi devant la cafetière.
Je me verse une tasse, et bois rapidement une première gorgée. Bien trop chaude. Cette fois ci je n’étouffe plus rien du tout et je gueule :
« la putain de ta mère, c’est chaud »
J’ai la langue brulée, mais je me sens mieux.
J’attrape une première tranche de pain que je tartine de miel.
Grossière erreur le miel sur une tranche de pain.
Ce con de miel coule au travers des trous dans la mie et vient me faire une magnifique tâche collante sur ma belle chemise.
J’emmerde le peuple et je choisi de mettre ma chemise tâchée dans le dos, je serai de toute façon bien assez beau pour aller poser mon cul sur un fauteuil inconfortable pendant 8 heures.

Avec le retard accumulé, si je ne me dépêche pas un peu je vais rater mon train. Pas le temps de me brosser les dents, ma mauvaise haleine sera dans le ton de ma mauvaise humeur.

Je cours jusqu’à la gare, putain ce que ça fait mal au pied des chaussures fermées.

Je monte dans le train in extremis en bousculant au passage un mec qui n’avait rien à faire là.
Finalement il ne fait pas si froid que ça quand on court. Je suis trempé.

Vu le monde qu’il y a dans ce train, j’en arrive à croire que je ne suis pas le seul pour qui c’est la rentrée aujourd’h