Et si on faisait un retro planning!

tewoz 14 mai 2012 28

faire_retroplanning_boulot

Et si je te défonçais la gueule à coup de masse…

Car entendons-nous bien, par définition un retro planning c’est le mal, et le mal ne peut pas fonctionner!

Petit rappel, un retro planning consiste à imposer une date limite de livraison sans prendre en compte le temps réel nécessaire pour finaliser le projet, puis à définir de manière totalement arbitraire et parfaitement stupide les différentes étapes et le temps qu’il faudra pour arriver à bon port.

Pas besoin d’avoir fait de longues études pour voir les limitations intellectuelles de cette méthode. D’ailleurs mon fils de 7 ans lui même traiterait de crotte de caca mou toute personne lui imposant une telle logique.

La preuve par l’exemple.
Je veux faire un gatôôô, parce que les gatôôôs c’est bon.
Attention, c’est une vraie recette, je la fais souvent (enfin quand c’est la saison des reine claudes), et c’est supra bon!

La tarte aux reine claudes :
– 250g de farine,
– 125g de beurre,
– 100g de sucre
– 1 oeuf
– des reine claudes (comme je fais ca au pif, disons un demi kilo, s’il y en a trop vous pourrez les manger comme ca, c’est bon les reine claudes)

1/ Mélanger dans un grand saladier la farine, le beurre, le sucre et l’oeuf à la main jusqu’à obtention d’une pâte homogène (le mélange doit s’effectuer à la main).
2/ Dénoyauter les reines claudes, et les couper en 2.
3/ Etaler la pâte dans un plat beurré (à la main toujours)
4/ Disposer les reine claude dans le plat de manière régulière
5/ Saupoudrer de sucre
6/ Mettre au four thermostat 7 de mémoire
7/ Faire cuire 35/40mn environ (jusqu’à obtention d’une belle couleur dorée)
8/ Manger!

Moi : « Voilà chef, ma recette est toute simple, il faut 30mn de préparation et 40mn de cuisson, soit 1h10 minimum.
Je ne peux pas aller plus vite parce qu’il faut dénoyauter mon kilo de reine claudes, faire la pâte, disposer les aliments et faire cuire. »
Le chef : « Super, mais moi j’ai promis aux invité qui sont déjà là que la tarte arriverait dans 30min, c’est super important, je joue mon augmentation et ma progression au sein de l’entreprise sur cette tarte. »
Moi : « d’accord chef, sauf que c’est pas possible en 30min, c’est moins que le temps de cuisson »
Le chef « impossible n’est pas une solution. Faisons un retro planning pour y arriver. Je vois deux étapes dans la réalisation de ta tarte, la préparation et la cuisson. La cuisson prend plus de temps, on va lui accorder 20mn, en mettant le four plus chaud ca va compenser, et pour la préparation, 10 min ca sera suffisant, il suffira d’aller plus vite. Donc on a 10min de préparation, 20min de cuisson, en 30 minute j’ai ma tarte, mes clients sont contents, et j’ai mon augmentation ».
Moi : « chef, j’ai comme un léger doute quant à l’aspect réaliste de votre méthode. En 10 minute je ne peux pas tout préparer, je n’aurai jamais le temps ne serait-ce que de dénoyauter mon demi kilo de reine claudes, je ne parle même pas du temps de pétrissage de la pâte! »
Le chef : « tout est toujours compliqué avec vous. Pour vos reine claudes, on va lotir : pour le premier lot, on ne va pas les denoyauter et on dira aux clients qu’ils auront une version dénoyauter dans un deuxième temps. Pour faire votre pâte, on va plutôt mettre tous les ingrédients directement dans le plat à tarte, l’important c’est que mes clients voient le travail et puisse se rendre compte du potentiel. En suite une fois qu’ils l’auront mangé on fera des ajustements ».
Moi : « donc si je vous suis bien, je met directement dans le plat ma farine, mon beurre, mon sucre, mon oeuf et mes reine claudes avec les noyaux, et je met le tout au four à fond pendant 20 minutes »
Le chef « Voilàààà, c’est pourtant pas compliqué, heureusement qu’on a fait un retro planning, maintenant on y voit plus clair! Au boulot »

Bien entendu dans un tel cas de figure, je ne dis pas au chef que ce qu’il va servir à ses clients c’est une omelette au plâtre trop cuite avec des reine claudes carbonisées qui ont encore leurs noyaux. Après tout, ce n’est pas de mon augmentation dont il est question

Pour les plus sceptiques, cette démonstration n’a rien de caricaturale, c’est exactement le mode de fonctionnement de grands nombres d’entreprise.

Enfin moi je m’en fous, il me reste les reine claudes à manger. 🙂

Bonne semaine les zenfants.

28 commentaires »

  1. Piotr 14 mai 2012 a 12 h 53 min -

    tellement vrai ^^

  2. Cyril 14 mai 2012 a 12 h 56 min -

    Je suis plié de rire devant mon écran tellement cette situation m’arrive souvent et au vu du nombre de tartes dégueulasses que je dois servir . Vive les tartes en mode agile 🙂

  3. Bohnnie 14 mai 2012 a 13 h 31 min -

    Mouhahahaha bien vu! (et sinon il t’en reste des Reines Claudes? )

  4. Pseudonyme antipersonnelle 14 mai 2012 a 13 h 52 min -

    Pareil que Cyril.

    D’ailleurs Cyril pour tes tartes en mode agile fais tu les même itérations que moi: un doigt dans l’oreille, puis les 2 doigts dans les yeux, puis trois, quatre et cinq en travers de la gueule du client avant de finir par le coup de point ?

    J’ai eu beau réclamer à corps et à cri le retour d’Albert, j’aime beaucoup la tournure tapuscrite du blog!

  5. annelaurett 14 mai 2012 a 15 h 42 min -

    Hihi, j’adore la métaphore… Merci pour cet intermède d’entre deux reines claude bien pourries. M’en fous je laisse les noyaux, merci pour le tuyau 😀

  6. tewoz 15 mai 2012 a 9 h 31 min -

    Piotr> ohhh oui, tellement vrai… 😉

    Cyril> Tu es agile pour faire les tartes en somme.

    Bohnnie> tout mangé! C’est bon les reine claudes.

    Pseudonyme> les tartes, si on ne les mange pas, on peut toujours les mettre dans la gueule!

    Annelaurett> c’était l’intermède culinaire de la semaine, content que ca vous ai plu. 🙂

  7. plop 15 mai 2012 a 14 h 24 min -

    Ça me rappelle un dicton bien connu des SSII:
    « Un chef de projet c’est quelqu’un qui croit que neuf femmes peuvent faire un bébé en un mois. »

  8. Seb de V2 15 mai 2012 a 19 h 16 min -

    belle démonstration du retro-planning, j’attends maintenant celle sur la parallélisation – à savoir comment dénoyauter les reines claudes pendant la cuisson…

  9. SadikArno 15 mai 2012 a 19 h 19 min -

    Je suis chef de projet (pas ultra bon ni heureux dans ce rôle, je préfère de loin la rédaction de specs fonctionnelles) et c’est aussi intéressant de ce point de vue:

    Le plus souvent, le client exige un « retro-planning » (parce que le mot lui plait) mais ne donne aucune date de livraison (parce qu’il n’a pas compris ce que « retro » veut dire).
    Ca semble signifier une bonne chose: on peut faire un calcul crédible (planning normal) et faire comme si on partait de la date de fin qui nous arrange.

    Le problème, c’est que le client débarque ensuite avec sa propre date de livraison qui est apparue subitement en cours de projet, située environ à la moitié de la durée prévue (et crédible).
    On a beau lui expliquer que ce n’est pas possible, il a des impératifs essentiels pour son business. De plus, le grand boss dit qu’il faut se plier à la demande parce que « ceci-cela ».

    Du coup il faut trouver une solution avec les données suivantes:
    – La moitié des reines-claudes dénoyautées
    – Une pate flotesque pas étalable
    – 10 minutes pour finir
    – Un cuistot énervé et pas très coopératif

    Grâce à des choix drastiques, des invocations mystiques et des promesses de pintes de bière (à foison) pour le cuistot, on se retrouve avec un clafoutis molasse, moche et peu garni, mais mangeable au regard des standards de cantines scolaires.

    C’est en général le moment où le client se rend compte que sa « date ultime » n’était finalement pas si ultime et que ça peut finalement attendre, et qu’il est hors de question de garder ce clafoutis d’hôpital et qu’il va falloir le transformer en tarte correcte, sans repartir de zéro (plus de budget pour racheter des ingrédients) et tant qu’à faire certains bouts du clafoutis ont une bonne tête et il faudrait les garder dans la tarte.
    Ah! Et bien sûr, la date initiale reste d’actualité n’est-ce pas? C’est dans le contrat…

    Ce que j’en tire comme retour d’expérience:
    – Il est illusoir de vouloir impliquer son client et d’arriver à livrer à temps.
    – Plus on est coulant avec le client et plus il nous mettra dans le caca par la suite.
    – Penser d’emblée qu’un client puisse être doté d’une quelconque intelligence relève de la faute lourde.
    – Plus on se démène pour arriver à sauver les meubles et plus tout le monde nous hait.
    – Il n’y a que l’expérience qui permet d’anticiper toutes ces conneries et j’en ai plein le cul.

    Bref: je préfère concevoir le gâteau et écrire la recette, ça je le fais bien.

  10. tewoz 15 mai 2012 a 21 h 23 min -

    Plop> très beau dicton qui fera l’objet d’un prochainpost sur la parallelisation…

    Seb> voilààà! La parallélisation, l’autre mal de la gestion de projet par des triso…

    Sadikarno> Ah oui, mais là tu rentresdans les détails, moi je voulais juste faire une métaphore. Il est evident qu’en fonction des clients et des grands chefs, mon omelette au plâtre trop cuite peut devenir un clafouti degueulasse dont le client n’a finallement pas besoin… Bonheur perpetuel du monde de l’informatique…

  11. TiBi 15 mai 2012 a 21 h 27 min -

    Héhé, l’analogie est bien vue : Un exemple à reprendre pour des cours de gestion de projet…

    Moi qui suis justement chef de projet, je te donnerais bien un petit conseil : tu finis par écrire « Bien entendu dans un tel cas de figure, je ne dis pas au chef que… ». Au contraire, dis-le ! En vérité, le problème ce n’est pas le rétro-planning en tant que tel, c’est que le planning soit imposé par quelqu’un qui n’est pas du métier (le chef de projet). Certes, c’est lui le chef, mais justement, c’est à lui d’assumer ses conneries et pas toi. Ton rôle est de l’informer pour qu’il décide en connaissance de cause. Si au final la tarte est immangeable, il ne pourra pas dire qu’on ne l’avait pas prévenu.
    Certes cela suppose que chacun soit de bonne foi, mais c’est un autre débat…

  12. tewoz 15 mai 2012 a 21 h 51 min -

    Tibi> disons que, comme expliqué dans d’autres posts de mon blog, j’ai longtemps tenté d’expliquer ce genre de choses à mes superieurs, mais partant du constat qu’ils ne reflechissent pas comme des gens normaux, en tout cas pas comme moi, cela ne m’a attiré que des ennuies. Maintenant je laisse faire, et je me marre, il faut mieux le prendre comme ça.
    Sur le papier la gestion de projet permet de faire plein de choses formidables, mais il faut suivre à la lettre, se donner le temps et les moyens. Ce n’est jamais le cas en entreprise. Combien de fois j’ai vu des projets dont les developpements avaient déjà commencés alors que le client n’avait pas encore finalisé la definition de son besoin…

  13. Pseudonyme 16 mai 2012 a 16 h 35 min -

    Il ne faut pas non plus oublier le cas où remplis la cuisine qui fait 5m² avec 15 cuistots qui n’ont à leur disposition qu’un seul four!

    Nous faisons vraiment un beau métier…

  14. Piotr 16 mai 2012 a 16 h 44 min -

    je la garde en note « Un chef de projet c’est quelqu’un qui croit que neuf femmes peuvent faire un bébé en un mois. »

  15. Pascal 16 mai 2012 a 21 h 09 min -

    Bonjour Eric!

    J’aime beaucoup ton article sous forme de métaphore! Effectivement ça se passe souvent ainsi, je le constate aussi dans ma profession (actuellement nous c’est plutôt marcher sur la tête). Je viens d’arriver sur ton site et je me demande (histoire de mieux comprendre le contexte): que fais tu dans la vie?

    amicalement

    Pascal

  16. tewoz 21 mai 2012 a 9 h 28 min -

    Pascal> Merci pour ton commentaire.
    Dans la vraie vie, je bosse dans les systèmes d’informations pour une grande banque Française. Ca ne veut rien dire, mais je suis payé pour ça… 😉
    Je suis passé par tous les stades, de développeur de base à chef de projet en passant par freelance, consultant, coordinateur, en SSII, dans des banques, chez des constructeurs automobiles, dans des start up, des web agencies, bref depuis 13 ans je tourne, et je ne vois aucune différence, et surtout toujours ce décalage entre le besoin et la réalité.

  17. Cyril 22 mai 2012 a 11 h 27 min -

    T’as été très bon sur le coup M. E. (et de bonnes perles par les autres commentateurs aussi ;))
    Bonne surprise en revenant sur ton blog faire un petit tour.

    T’as pas un strip sur les déménagement en préparation?
    Et sur les pendaisons de crémaillère avec les potes?
    Hein, j’dis ça j’dis rien :p

  18. tewoz 22 mai 2012 a 17 h 04 min -

    Cyril> Toi aussi ca te parle les retro plannings?
    Pour ma maison, dès que j’ai un jardin accessible je te montrerai ca, pour peu que tu acceptes de te rapprocher de la civilisation, et je te préparerai ma fameuse tarte aux reine claudes!

  19. Cyril 23 mai 2012 a 2 h 36 min -

    Une vraie, pas une faite à l’arrache !

  20. tewoz 23 mai 2012 a 13 h 42 min -

    Cyril> Une tarte, pas une omelette au plâtre! 😉

  21. Nico 25 mai 2012 a 14 h 38 min -

    Je rentre juste d’un long voyage et je viens de découvrir ton blog. Une bonne piqure de rappel pour retourner à la réalité avec beaucoup d’humour, j’adore !

  22. tewoz 25 mai 2012 a 14 h 51 min -

    Nico> Bienvenu à toi, et bon retour à la dure réalité… 😉

  23. bobbymhan 19 juin 2012 a 8 h 55 min -

    Moi j’m’en fou mon boulot c’est de vérifier qu’au final le gâteau est bon avant de le donner au client ^^

    Homologateur technique et fonctionnel : j’aime 🙂

  24. tewoz 19 juin 2012 a 16 h 21 min -

    Bobbymhan> Sauf qu’avant de gouter un bon gatôôô, t’as du en manger des biens mauvais!
    Mais effectivement, ce travail semble plus sympa. 😉

  25. Pseudonyme 21 juin 2012 a 10 h 15 min -

    Histoire de continuer à alimenter ce magnifique sujet, j’aimerais aborder les causes et les conséquences de ces rétro-planning par l’exemple.

    Depuis peu je suis sur un projet sur lequel mon prédécesseur a oublié de planter le mirabellier. Du coup, je n’ai meme pas les mirabelles non dénoyautées, je dois me contenter des racines. A mon avis, le goût de ma tarte va en surprendre plus d’un.

    Et comme par définition un rétro-planning est voué à l’échec, la solution pour présenter une tarte comestible est : cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas cuite -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas cuite -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas cuite -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas bonne -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas bonne -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas bonne -> cuire la tarte 5 minutes -> constater qu’elle n’est pas bonne -> cuire la tarte 5 minutes ->

    J’ai chouiné, ça va mieux. Je retourne à ma tâche de la journée: essayer de voir si on peut cuire la tarte avant de faire la pâte.

    Quel beau métier…

  26. tewoz 21 juin 2012 a 14 h 41 min -

    Pseudonyme> Quelle belle histoire. 🙂
    J’aimerai en rajouter une couche, spéciale kassdédi pour tous les pauvres travailleurs à qui en plus de donner des objectifs impossible à atteindre, on ne donne pas les bons outils pour y arriver. Ou comment faire une tarte aux reine claudes avec un moule à gaufres.

  27. pseudomime marceau 8 juillet 2014 a 14 h 16 min -

    Vous connaissez l’histoire du projet qui a un mois de retard et auquel on demande de réduire le délai de réalisation de un mois par rapport au planning initial?

  28. tewoz 8 juillet 2014 a 14 h 30 min -

    Pseudo> Oui, j’ai déjà assisté à plusieurs représentations de ce spectacle humoristique.
    Et bien étrangement, à force il ne fait plus rire du tout… 😉

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